« ON NE PEUT PAS ACCUEILLIR TOUTE LA MISèRE DU MONDE » : L’HISTOIRE DERRIèRE LA CéLèBRE PHRASE DE ROCARD, REPRISE PAR MACRON

Il avait été interpellé par le souverain pontife, il répond en citant Michel Rocard. Alors que le pape François a appelé l’Europe à ne pas rester indifférente au sort des migrants traversant la Méditerranée, le président Emmanuel Macron a tenu à répondre ce dimanche soir, assurant que la France « faisait sa part ». Et, surtout, en rappelant qu’il souhaitait maîtriser les flux d’immigration à la source, en réemployant une maxime politique bien connue : « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Attribuée à Michel Rocard, cette citation est issue de déclarations du Premier ministre datant de 1989, lors de l’émission télévisée « Sept sur Sept », face à la journaliste Anne Sinclair. Cette prise de parole, archivée par l’INA, visait, à l’époque, à justifier le durcissement de la politique du gouvernement face à l’immigration. « Nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde. La France doit rester ce qu’elle est, une terre d’asile politique (…) mais pas plus. (…) Il faut savoir (…) qu’en 1988, nous avons refoulé à nos frontières 66 000 personnes. À quoi s’ajoutent une dizaine de milliers d’expulsions du territoire national. Et je m’attends à ce que pour l’année 1989, les chiffres soient un peu plus forts », avait déclaré Michel Rocard. Cette image de la « misère du monde » que la France ne peut pas porter, le Premier ministre socialiste la reprendra à plusieurs reprises dans des discours et des reportages entre 1989 et 1990, rappelle Libération. Des déclarations « tronquées », estimait Rocard Mais en 1993, tout change, explique Le Monde Diplomatique. Michel Rocard revient sur ses déclarations, afin de se différencier du gouvernement de droite de Charles Pasqua, qui invoque l’expression « immigration zéro » pour décrire sa politique rigoriste sur le sujet. En 2009, Michel Rocard persiste et signe, et assure que ses déclarations ont été tronquées. « La France et l’Europe peuvent et doivent accueillir toute la part qui leur revient de la misère du monde », dit-il dans une tribune publiée par le journal Libération. « Une malheureuse inversion, qui m’a fait évoquer en tête de phrase les limites inévitables que les contraintes économiques et sociales imposent à toute politique d’immigration, m’a joué le pire des tours : séparée de son contexte, tronquée, mutilée, ma pensée a été sans cesse invoquée pour soutenir les conceptions les plus éloignées de la mienne », défend-il alors. Une expression répétée plusieurs fois par Macron Malgré cela, la formule s’est ancrée dans le discours politique français, et a été reprise maintes fois par différents leaders qui assument leur position anti-immigration. Comme en 2012, par Manuel Valls alors ministre de l’Intérieur, qui assure, lors de l’évacuation de camps de Roms, que la France « ne peut pas accueillir toute la misère du monde et de l’Europe ». Plus tard, c’est Emmanuel Macron qui répète cette formule à l’envi, et ce dès son élection en 2017. « Si vous n’êtes pas en danger et cetera, il faut retourner dans votre pays. Je ne peux pas donner des papiers à tous les gens qui n’ont en pas. Sinon comment je fais après ? On prend notre part mais on ne peut pas prendre toute la misère du monde, comme disait Michel Rocard », a-t-il par exemple lancé lors d’une visite aux Restos du cœur à une femme en situation irrégulière. Cette « petite phrase », il la reproduira en 2019, à l’ouverture d’un débat à l’Assemblée nationale sur l’immigration. Et il la répétera deux ans plus tard, à nouveau lors d’un échange avec un homme qui attendait depuis huit ans d’obtenir des papiers. « On prend notre part, mais on ne peut pas accueillir tout le monde », avait-il alors assuré. De quoi confirmer la ligne stricte voulue par le président sur le sujet de l’immigration… Loin de celle qu’a voulu défendre Michel Rocard… Sur la fin.

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