Depuis le lancement de la guerre contre l'Iran, Donald Trump et son administration ont multiplié les propos contradictoires sur le conflit déclenché avec Israël. Des objectifs de la guerre à la durée prévue des frappes, France 24 fait le point sur le flou entretenu par les États-Unis sur leurs intentions au Moyen-Orient.
Depuis le lancement des frappes israélo-américaines contre l'Iran, samedi, Donald Trump a multiplié les prises de parole et varié régulièrement ses justifications de la guerre en cours déclenchée au Moyen-Orient.
Le président américain a, d'abord, déclaré que cette attaque visait à éliminer la menace nucléaire iranienne. "Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant des menaces imminentes venues du régime iranien", a-t-il notamment déclaré dans une vidéo de huit minutes publiée sur son réseau Truth Social. Donald Trump a aussi exhorté les Iraniens à se soulever, déclarant : "Lorsque nous aurons fini, emparez-vous du pouvoir, ce sera à vous de le faire. Cela sera probablement votre seule chance pour des générations à venir."
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Par ailleurs, des responsables américains ont déclaré que Washington avait agi pour anticiper d'éventuelles attaques préventives de l'Iran contre les forces présentes dans la région. Selon CNN, ces affirmations ont été contredites par les briefings du Pentagone au Congrès, qui indiquaient que l'Iran ne prévoyait pas d'attaquer à moins d'être frappé en premier.
Critiquée pour son manque de clarté, l'administration Trump a tenté de fixer lundi les objectifs de la guerre en s'illustrant… par sa cacophonie. Le président américain a cité, tour à tour, quatre objectifs : détruire les capacités de missiles balistiques de l'Iran ; détruire sa marine ; faire en sorte "que le premier soutien mondial du terrorisme ne puisse jamais avoir d'arme nucléaire" ; et empêcher Téhéran "d'armer, financer et diriger des armées terroristes hors de ses frontières".
De son côté, le chef du Pentagone Pete Hegseth a précisé qu'il s'agissait de détruire le "bouclier conventionnel" que l'Iran érige "pour ses ambitions de chantage nucléaire". Enfin, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a parlé de frappes "préemptives" qui ont été décidées car "la menace imminente était que nous savions que si l'Iran était attaqué (...), il s'en prendrait immédiatement à nous, et nous n'allions pas rester là à encaisser le coup avant de riposter".
La cacophonie de l'administration Trump en général s'illustre en particulier sur la question du programme nucléaire iranien, Téhéran ayant été considéré comme une "menace imminente" pour Washington dès samedi. La semaine dernière, l'envoyé spécial américain au Moyen-Orient, Steve Witkoff, déclarait même que l'Iran était "probablement à une semaine" de disposer de matières premières pour "la fabrication de bombes industrielles".
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Ces propos tenus peu avant et au début de la guerre au Moyen-Orient entrent, pourtant, en contradiction avec les multiples déclarations de l'administration américaine, qui a affirmé à plusieurs reprises que le programme nucléaire iranien "avait été anéanti" lors de la guerre des 12 jours entre Israël et l'Iran en juin 2025.
"Les sites nucléaires en Iran sont complètement détruits", vantait notamment Donald Trump sur Truth Social, le 25 juin dernier. Le même jour, Pete Hegseth déclarait à CNN : "D'après tout ce que nous avons constaté, notre campagne de bombardements a anéanti la capacité de l'Iran à fabriquer des armes nucléaires."
Et quand un rapport des services de renseignement américains affirmait que le programme nucléaire de Téhéran n'aurait en fait été retardé que de quelques mois, le secrétaire d'État Marco Rubio dénonçait "une fausse nouvelle qui ne devrait pas être reprise" par la presse.
Mais la donne sur la question du nucléaire iranien semble avoir évolué ces dernières semaines, à en croire de hauts responsables américains qui ont affirmé samedi à l'Agence France-Presse (AFP) que l'Iran n'envisageait "pas sérieusement" un accord avec les États-Unis. "Il était très clair que leur intention était de garder une capacité d'enrichissement (d'uranium), afin qu'à terme, ils puissent l'utiliser pour une bombe nucléaire", ont-ils ajouté, sans donner plus de détails.
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Depuis plusieurs jours, Donald Trump et son administration entretiennent le flou sur la durée de la guerre qu'ils ont déclenchée au Moyen-Orient. Peu après les premières frappes, samedi, le président américain se montrait évasif auprès du média américain Axios. "Je peux continuer longtemps et prendre le contrôle de tout, ou y mettre fin en deux ou trois jours", affirmait-il.
Changement de ton auprès du Daily Mail, dimanche. Donald Trump évalue alors à environ un mois les attaques américaines contre l'Iran. Et de déclarer : "Cela a toujours été un processus d'environ quatre semaines, donc – aussi solide soit-il (l'Iran, NDLR), c'est un grand pays, cela prendra quatre semaines – ou moins." Le lendemain, il précisera que les États-Unis "ont les capacités pour aller bien au-delà" de cette estimation.
Pour ajouter à la confusion, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a fait une réponse de Normand, lundi, concernant la durée de la guerre au Moyen-Orient. "Que ce soit quatre semaines, deux semaines ou six semaines… Cela pourrait être plus court ou plus long", a-t-il notamment déclaré, précisant que Donald Trump "a toute latitude pour parler de la durée que cela prendra"... alors que le président américain a indiqué lui-même plusieurs échéances allant de quelques jours à très longtemps.
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Pete Hegseth a toutefois concédé que la guerre actuelle "n'est pas l'Irak" et "n'est pas sans fin", en référence au conflit dans lequel se sont enlisés les États-Unis entre 2003 et 2008.
Depuis le lancement des frappes israélo-américaines contre l'Iran, plusieurs proches alliés de Donald Trump ont tiré à boulets rouges sur les pays européens, leur reprochant leur inaction dans l'attaque contre Téhéran.
En tête, le sénateur républicain Lindsey Graham, soutien du président américain, a vivement critiqué sur X une Europe "pathétique". Il a aussi regretté la réaction à géométrie variable des États européens, déplorant que "les démocraties occidentales (perdent) leur passion pour la justice et leur sens du bien et du mal à mesure que les événements s'éloignent de leurs côtes".
"L'Europe occidentale est tombée bien bas", a tranché l'allié de Donald Trump. Un autre stratège républicain, Chris LaCivita, s'est lui aussi montré virulent, toujours sur X, à l'encontre des États européens : "Le ‘leadership' européen est faible, versatile et effrayé par sa propre ombre. Il ne comprendrait pas une action décisive même si elle lui sautait aux yeux", a-t-il notamment affirmé.
Par ailleurs, le président américain a reproché au Premier ministre britannique, Keir Starmer, d'avoir pris "beaucoup trop de temps" à autoriser les États-Unis à utiliser la base militaire clé de Diego Garcia, dans l'océan Indien, contre l'Iran. "Cela a pris beaucoup trop de temps. Beaucoup trop de temps", a déclaré Donald Trump au Telegraph, ajoutant : "Nous avons été très déçus par Keir."
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Ces reproches ont été adressés à des pays alliés traditionnels des États-Unis… qui semblent, pourtant, avoir été tenus à distance des frappes israélo-américaines en Iran. Ainsi, selon le New York Times, "le président Trump les a exclus de la planification d'un conflit qui a des conséquences directes sur leur sécurité".
Mais la position des dirigeants allemand, français et britannique a rapidement évolué, ces derniers s'étant dit prêts dimanche à des "actions défensives nécessaires et proportionnées" face aux ripostes iraniennes, afin de "détruire à la source" les capacités militaires de Téhéran.
Mardi, l'Iran a mis en garde les pays européens contre toute implication dans la guerre l'opposant à Israël et aux États-Unis. "Ce serait un acte de guerre. Tout acte de ce type contre l'Iran serait considéré comme un geste de complicité avec les agresseurs", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.
2026-03-03T15:15:53Z